Enquête diffusée en janvier 2026
Le vélo s’est imposé comme une évidence dans les mobilités du quotidien.
Bon pour la santé, économique, écologique et pratique, il est aujourd’hui encouragé, valorisé, et largement promu comme une solution d’avenir
Mais circuler à vélo, c’est aussi s’exposer. Aux tensions de la route, aux comportements des autres usagers, à des situations de mise en danger devenues familières. Cette exposition est désormais bien visible : elle s’invite régulièrement dans l’actualité, sur les réseaux sociaux, à travers des vidéos, des témoignages et des récits de cyclistes confrontés à des comportements agressifs ou à des conflits d’usage.
Alors que devient une pratique censée être positive lorsqu’elle se transforme, pour certains — et davantage pour certaines — en source de contraintes ou de renoncements ?
Derrière cette question, une hypothèse : l’insécurité sociale est-t-elle un angle mort des politiques cyclables ?
C’est pour y répondre que l’institut FLASHS a mené pour Materiel-velo.com une enquête auprès de 2 000 Français et Françaises, dont plus de 1 200 utilisant ou ayant déjà utilisé le vélo pour leurs déplacements.
Tous en selle ?
Que le vélo ne soit pas pratiqué de manière homogène n’a rien de nouveau. Ces écarts de pratique prennent toutefois un autre sens lorsqu’on s’intéresse à ce que vivent réellement les cyclistes.
.png)
Sur le papier, le vélo a tout bon
Lorsqu’ils utilisent le vélo, les Français évoquent avant tout des motivations positives.
La santé arrive en tête (61 %), suivie du plaisir et de la détente (43 %). Les arguments économiques (34 %) et pratiques (29 %) viennent ensuite.
Le vélo reste donc largement associé à une expérience bénéfique, parfois même libératrice.
Un point d’autant plus frappant que, pour près d’un cycliste sur dix, il constitue aussi un moyen d’éviter certaines situations désagréables à pied — une façon de se déplacer plus vite, plus directement, sans interactions subies.
Le brushing avant la sécurité ?
Derrière une pratique en apparence commune, l’insécurité reste une contrainte davantage évoquée par les femmes.
%20(2).png)
Ironie de la situation : alors même que la sécurité est centrale, un tiers des cyclistes ne portent jamais de casque.
Parmi eux, l’inconfort est la première raison invoquée — davantage par les femmes (36 % contre 30 %).
Chez les 18–24 ans, une femme sur quatre explique éviter le casque par peur d’arriver décoiffée, rappelant que même les choix liés à la sécurité restent traversés par des contraintes d’apparence.
En roue libre : quand l’espace public dérape
Aux tensions que connaissent l’ensemble des cyclistes s’ajoute, pour de nombreuses femmes, une dimension supplémentaire de l’expérience à vélo.
Plus de 4 femmes sur 10 (41 %) déclarent avoir déjà été confrontées à des comportements agressifs et/ou sexistes : insultes, intimidations, remarques déplacées ou gestes inappropriés, de la part d’automobilistes, d’autres usagers ou de piétons.
Chez les plus jeunes (18–24 ans), cette proportion atteint 58 %.
Ces situations ont un impact direct sur les pratiques : 57 % des femmes concernées ont cessé de faire du vélo en raison de ces violences.
Autrement dit, à l’insécurité routière s’ajoute une insécurité sociale, qui contribue concrètement à éloigner une partie des femmes du vélo.
240 témoignages, une même réalité à vélo pour les femmes
%20(2).png)
Au total, 240 témoignages ont été recueillis auprès de femmes ayant déclaré avoir été confrontées à des comportements agressifs et/ou sexistes à vélo.
D’abord, les insultes :
« J’avais une jupe sur mon vélo. On m’a insultée de salope. »
« Me faire insulter parce que mon casque était rose. »
Ensuite le harcèlement :
« Arrêtée à un feu rouge, un automobiliste m’a d’abord draguée. Comme je ne réagissais pas, il m’a insultée et m’a suivie quand j’ai redémarré. »
« Être suivie en voiture… classique. »
Puis, la mise en danger :
« Une voiture m’a dépassée en me frôlant très fortement… puis j’ai reçu des insultes. »
Et plus loin encore :
« Un homme s’est mis devant mon vélo pour me forcer à m’arrêter, juste pour me dire que la selle me faisait un beau fessier. »
« Il a arrêté mon vélo et a essayé de me frapper parce que j’avais dit non. »
« J’ai été touchée dans les parties intimes au feu rouge. »
« On a failli me renverser parce que je n’ai pas donné mon numéro. »
Pris ensemble, ces récits montrent que les incidents ne sont ni isolés ni anecdotiques.
Ils transforment une pratique présentée comme accessible, bénéfique et ordinaire en une expérience à haut coût social, qui finit par éloigner durablement une partie des femmes du vélo.
Finalement,
alors que le vélo est présenté comme un levier central des mobilités de demain, cette enquête rappelle que l’égalité d’accès ne se joue pas uniquement dans les infrastructures.
Et éclaire un constat bien connu : si les femmes sont aujourd’hui moins nombreuses à utiliser le vélo que les hommes, ce n’est pas seulement une question d’habitudes ou de préférences — mais aussi de conditions concrètes de pratique.
Méthodologie
Enquête réalisée par FLASHS pour Materiel-velo.com du 18 au 21 novembre 2025 par questionnaire autoadministré en ligne auprès d’un panel de 2 000 Français et Françaises âgé(e)s de 18 ans et plus, représentatif de la population française. L’échantillon comprend 1256 personnes utilisant ou ayant déjà utilisé le vélo pour leurs déplacements quotidiens.















